La névralgie cervico-brachiale

 

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La névralgie cervico-brachiale (NCB) ou syndrome radiculaire est une affection relativement fréquente. Son diagnostic, essentiellement clinique, est caractérisé par des douleurs névralgiques associées à des troubles neurologiques souvent représentés par des paresthésies.

Le traitement est essentiellement médical d’emblée et nous verrons la place de traitements plus invasifs en fonctions des signes d’aggravation.

L’homéopathie a sa place dans le traitement de première intention avec des résultats probants.

  • La névralgie cervico-brachiale

La clinique est déterminante pour faire le diagnostique de la névralgie cervico-brachiale. Chaque trajet douloureux dans l’épaule, le bras et la main oriente dès le départ vers une racine bien définie et l’étage du problème cervical : hernie discale, dérangement intervertébral mineur (DIM).

La douleur, générée par l’inflammation de la racine nerveuse, peut être majorée par une mauvaise position nocturne (douleur matinale), des mouvements toxiques (travail, tricot, conduite automobile) ou une hyperpression abdominale (défécation, toux, éternuement).

  • La clinique

Que se soit pour le diagnostique ou pour notre traitement homéopathique, l’interrogatoire et l’examen clinique sont incontournables. La prise en charge ne se fera pas à la simple vue de l’imagerie médicale !

  1. La douleur

La douleur de NCB est essentiellement neurologique. Elle peut parcourir le trajet complet du nerf ou des zones partielles comme la région de l’épaule, du coude et de la main, donnant lieu à des diagnostiques différentiels. Dans ce cas, une recherche de zone douloureuse dans la région cervicale ainsi que la limitation de certains mouvements en flexion-extension et rotation sont indispensable.

  1. Les paresthésies et dysesthésies

L’intensité de la douleur est variable en fonction de chacun et elle peut s’accompagner de paresthésies (sensation de picotements ou de fourmillements dans les mains et les avant bras) ou de dysesthésies du membre supérieur (zone cutanée douloureuse au toucher). Parfois, seuls ces symptômes sont présents

  1. La paralysie

Elle peut être partielle ou totale, mise en évidence par des difficultés de préemption et des lâchages d’objets et constitue une indication chirurgicale urgente.

  • Les examens complémentaires

Ils sont indispensables en cas de manipulation cervicale ou d’infiltration.

  1. La radiographie

Examen de première intention, à faire de face et de profil, elle permet de mettre en évidence une arthrose cervicale.

  1. Le scanner

A faire en cas de persistance de la douleur, il permet de visualiser une hernie discale probable.

  1. L’IRM

Complémentaire du scanner, elle est indispensable en cas de chirurgie programmée.

  1. L’électromyogramme

Peut être indiqué en cas de forme frustre pour faire un diagnostique différentiel avec un syndrome du canal carpien.

  • Les diagnostiques différentiels

Dans le cas de formes frustres à douleur localisée, il faudra différencier la NCB de :

  • L’arthrose de l’épaule
  • L’atteinte de la coiffe des rotateurs
  • La tendinite du coude : épicondylite, épitrochléite
  • Le syndrome du canal carpien

Un examen clinique approfondi et les examens complémentaires permettent d’identifier ces différents diagnostiques.

  • Le traitement médical et l’évolution naturelle

Le traitement médical conventionnel fait la part belle aux AINS, corticoïdes, antalgiques et décontracturants musculaires. Des benzodiazépine comme le Clonazepam (Rivotril®), dont la prescription est de plus en plus encadrée, sont également utilisées dans les formes rebelles.

Il va sans dire que ces médicaments ne sont pas dénués d’effets secondaires.

L’homéopathie a une réelle place dans cette indication et la récente étude EPI3 Laser, qui a montré une efficacité équivalente des traitements homéopathiques versus AINS en fait la preuve. (Who seeks primary care for musculoskeletal disorders (MSDs) with

physicians prescribing homeopathic and other complementary medicine? Results from the EPI3-LASER survey in France

Michel RossignolEmail author, Bernard Bégaud,

BMC Musculoskeletal Disorders2011)

  • Le traitement ostéopathique

Il sera fait avec la plus extrême prudence, après bilan radiologique voire un scanner. A éviter dans les cas de crises hyper algiques, il peut permettre avec une manipulation douce dans les cas de dérangements inter-vertébraux mineurs et à l’aide de techniques d’étirements musculaires et de fasciathérapie de soulager le patient.

Ces traitements permettent de guérir 80% des NCB. Il est débuté de façon systématique dans les formes typiques et non compliquées. Il associe le repos (15 jours) et un collier cervical souple. La résorption de la hernie cervicale se fait en 6 à 12 mois.

L’infiltration peut être un geste secondaire et la chirurgie en cas de complications avérées (paralysie) ou d’échec médical.

Lorsque la crise douloureuse est passée, un traitement complémentaire et préventif sera appliqué :

  • Kinésithérapie d’étirement et de renforcement musculaire
  • Ecole du dos
  • Prévention des gestes toxiques
  • Activité physique adaptée
  • Perte de poids si nécessaire

 

  • Le traitement homéopathique

Les médicaments homéopathiques seront utilisés dans une fourchette de 9 à 30 CH en fonction de l’intensité de la douleur et 3 fois par jour.

La clinique fournie par l’interrogatoire et l’examen clinique nous donnera les informations relative au tissus en cause (nerf, muscle), aux sensations, aux modulations de la douleur en fonction des facteurs extérieurs ou internes (modalités) et aux facteurs concomitants associés aux phénomènes douloureux.

  1. La névralgie

Aranea diadema

Paresthésies à recrudescence nocturne à topographie surtout cubitale avec impression de gonflement et d’engourdissement. La névralgie peut être périodique et à rythmie horaire. A noter une aggravation par le froid humide et la nuit, une amélioration par la pression.

Carboneum sulfuratum

Névralgies d’apparition et de disparition brutale accompagnées de fourmillements et d’hypoesthésie. La chaleur et l’alcool aggravent les douleurs. 

Hypericum perforatum

Douleurs intenses et lancinantes le long du trajet du nerf. Elles sont aggravées par le temps froid et humide et par le contact. Le sujet peut présenter des localisations cutanées (lucite estivale, herpès, zona).

Kalmia latifolia

Névralgie fugace, fulgurante et centrifuge (de la racine nerveuse à l’extrémité des bras). Elle peut être erratique et accompagnée de fourmillements et d’engourdissements. Sensation de pression.

L’aggravation se produit en milieu de journée et en début de nuit. La névralgie peut être accompagnée d’un syndrome vertigineux à l’effort.

Magnesia carbonica

Névralgies intenses suivant le trajet nerveux accompagnées d’hyperesthésie et d’hyper-excitabilité. Sensations d’engourdissement, parésie. Une aggravation nocturne et par le repos peut être signalée. Sensations d’élancements aigus, fulgurants. Le sujet doit se lever et marcher pour améliorer sa douleur.

Plumbum metallicum

Névralgies violentes, fulgurantes et crampoïdes. Parésie et/ou paralysie des muscles extenseurs des avant bras, des doigts avec atrophie musculaire possible (indication chirurgicale probable).

Les douleurs sont aggravée le soir et la nuit et améliorées par la compression. Le sujet est frileux, facilement constipé et colitique.

Thallium sulfuricum

Névralgies violentes avec paresthésie et paralysie (indication chirurgicale probable). Fourmillement douloureux des extrémités. La douleur est aggravée par le toucher même léger.

  1. Les réactions neuro-musculaires

Actaea racemosa (souvent incontournable)

Douleurs spasmodiques et crampoïdes. Névralgies le long des bras avec engourdissement. Douleurs de la nuque obligeant à tirer la tête en arrière. Dorsalgies hautes et sensibilité à la pression de épines dorsales (D4, D5, D6). Céphalées occipitales possibles améliorées au grand air.

Lachnanthes tinctoria

Torticolis associé. Contractures musculaires du trapèze et des sterno-cleidomastoïdien et cervicalgies.

Magnesia phosphorica

Névralgies violentes, soudaines et fugaces. Les sensations sont variables (douleurs fulgurantes, fourmillements, sensation de courant électrique). La douleur s’accompagne de crampes, contractures musculaires des avant bras. A noter une aggravation nette par le froid et une amélioration par la flexion, la pression forte, la chaleur et le massage. Le sujet est agité et bouge sans cesse.

  1. Les aggravations émotionnelles

Les émotions ne sont pas étrangères à l’aggravation de la symptomatologie douloureuse. L’homéopathie aura un rôle important à jouer dans la modulation de ce système émotionnel.

Chamomilla

Hyperalgie par hyperesthésie à la douleur. L’intensité de la douleur semble disproportionnée avec la gravité observée. Sensation d’engourdissement et de fourmillement fréquente, douleurs spasmodiques. Le sujet est coléreux, agité, très irritable et fortement aggravé par le café et les excitants. L’amélioration par le mouvement passif (train, voiture) est souvent retrouvée.

Gelsemium

Associant des douleurs à type de céphalée postérieure à des troubles visuels (migraines ophtalmiques) et à des sensations de parésies des membres inférieurs, ce médicament peut être indiqué à titre complémentaire. Le terrain anxieux profond du sujet, n’est pas étranger à la majoration des symptômes.

Ignatia amara

Médicament de l’hyperémotivité, il sera systématiquement indiqué lors de soupirs, oppression, boule dans la gorge ou pleurs faciles ressentis par le patient. Les douleurs, souvent mal systématisées et erratiques sont majorées en y pensant ou lors de contrariétés et améliorées traditionnellement par la distraction.

Nux vomica

Hyperesthésie générale et tendance aux spasmes. Le sujet aura tendance à être hargneux, sensitif, frileux et gourmand. Il présentera une somnolence post prandiale et un réveil nocturne vers 3 heures du matin avec exacerbation de ses symptômes.

Staphysagria

Hypersensibilité physique et psychique dans un contexte de frustration ou de colère rentrée. Sensations erratiques et mal systématisées d’élancement, tiraillement, crampes, pression, raideur. L’examen clinique est pauvre en confirmation diagnostique. Les douleurs sont aggravées au toucher et peuvent s’accompagner de céphalée, vertige, troubles de la mémoire et du comportement (morosité, irritabilité, susceptibilité, tristesse, indifférence ou apathie).

Nous voyons que l’homéopathie a sa place entant que traitement médical dans la névralgie cervico-brachiale. Nous prêterons une attention particulière à la description des symptômes et à l’examen clinique des cervicales : souplesse, points douloureux, irradiation à la pression. La topographie de la névralgie revêt une moindre importance, sauf en cas d’indication chirurgicale, mais les signes associés (fourmillements, parésie) sont majeurs. Les résultats thérapeutiques doivent se situer dans une fourchette de temps acceptable (deux semaines) et l’indication chirurgicale peut être discutée.

N’hésitons pas à associer des médicaments de l’émotion tant nous savons qu’elle majore les sensation douloureuses. Les traitements complémentaires (ostéopathie si indiquée, kinésithérapie adaptée) permettrons de réduire la durée de récupération.

Observation clinique 1

Michel 67 ans.

Opéré il y a quelques années pour une névralgie cervico-brachiale C6-C7 sur hernie discale droite rebelle aux traitements médicamenteux conventionnels, il vient consulter pour une préparation à une nouvelle intervention en C3-C4.

Lors de l’interrogatoire, il me décrit des suites opératoires difficiles avec une douleur du haut du dos rebelle, très violente améliorée en flexion cervicale. Il présente des paresthésies surtout radiales et des contractures de l’avant bras améliorées en se massant.

Je lui prescris en attendant l’opération :

Actaea racemosa 15 CH et Magnesia phosphorica 15 CH 5 granules 2 fois par jour. L’amélioration a été spectaculaire. Son état cervical a motivé tout de même une intervention dont les suites sont été très simples. Il poursuit son traitement à la demande.

Observation clinique 2

Odette 56 ans

Odette consulte pour des douleurs névralgiques fulgurantes du bras gauche qui partent des cervicales pour aller jusque dans la main. Ces douleurs ne sont pas accompagnées de symptômes musculaires. Le bilan clinique est sans particularité, avec une nuque un peu raide sans blocage ni douleur à la palpation. La radiographie montre une arthrose banale avec antéversion de la courbe cervicale. Elle se décrit comme très sensible et émotive et vient de subir plusieurs décès dans sa famille.

Kalmia latifolia 30 CH et Ignatia amara 15 CH 2 fois par jour et une prise en charge en kinésithérapie méthode Mézières en sont venu à bout en quelques jours.

Observation clinique 3

Jean 52 ans

Jean est chauffeur routier. La route et les déchargements ont eu raison de ses cervicales. Il se plaint d’une douleur récurrente des deux bras à type d’élancement violents, insupportables, surtout la nuit, l’obligeant à marcher pour se calmer. Les AINS et antalgiques n’ont aucun effet sur sa névralgie et le médecin de travail envisage une inaptitude.

En surpoids, très sédentaire et gourmant, il se dit volontiers irritable, voire coléreux. Il supporte de moins en moins les incivilités sur la route. Une petite sieste après le repas l’améliore et il devient intolérant aux bruits sur les aires de repos. Le bilan clinique et radiologique, associés à un scanner cervical sont sans particularités.

L’association Magnesia Carbonica 30 CH, Nux vomica 15 CH et Chamomila 15 CH l’a rapidement soulagé. Quelques temps après, il m’a rapporté que cela avait également soulagé la lombalgie récurrente qu’il avait oublié de me signaler… Je lui conseille en plus de prendre Arnica 15 CH à chaque déchargement pour faciliter une meilleure récupération musculaire.

Observation clinique 4

Mathieu 35 ans

Mathieu est un ancien sportif de haut niveau. Il a pratiqué le basket en équipe nationale pendant plusieurs années. Dans la suite d’un match appuyé, il a ressenti une douleur du cou et du bras droit. La névralgie, qui suivait le trajet nerveux complet s’accompagnait de douleurs crampoïdes de l’avant bras. Le diagnostique est sans appel : hernie cervicale latérale avec compression de la racine nerveuse. Après quelques semaines d’attente, et devant un tableau qui ne s’améliorait pas, il a été opéré.

Je le vois à 2 mois de son intervention qui a été vécue comme un échec : il a toujours mal. Le bilan est normal et le chirurgien, satisfait de son travail, ne s’explique pas cette persistance de névralgie.

A l’interrogatoire, la douleur suit toujours le trajet nerveux, il a par moment comme des crampes dans l’avant bras, surtout sur des mouvements répétés. Il ne peut plus jouer et se extrêmement frustré et déprimé.

Le traitement a associé : Hypericum perforatum 15 CH, Staphysagria 15 CH et Magnesia phosphorica 15 CH 5 granules 2 fois par jour.

L’amélioration est arrivée 3 semaines plus tard. Il a complété avec de la micro-kinésithérapie pour lever les contractures cervicales et dorsales résiduelles. Actuellement, il rejoue en amateur au basket et a retrouvé une vie normale.

 

 

 

 

Bibliographie

Pharmacologie et matière médicale homéopathique. D Demarque, J.Jouanny, B.Poitevin, Y Saint Jean ; ed. CEDH 2011. Thérapeutique et répertoire du praticien. Dr Voisin ; ed Maloine deuxième édition 1981.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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